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Vie du réseau

Hortensia : une nouveauté dans l'offre varoise

Hénault Benjamin

L'hortensia, hydrangea de son nom scientifique, est une plante d'ornement courante en pot ou dans les jardins qui se fait désormais une place dans le secteur de la fleur coupée. Quelques producteurs varois ont saisi l'opportunité d'une reconversion pour occuper ce marché de niche. Pour consolider sa position, l'espèce doit toutefois aujourd'hui faire face à un double enjeu technique et commercial.

Installé depuis 1986 à Hyères, Daniel Bruno est un des pionniers de la culture de l'hortensia en fleur coupée dans le Var. "J'ai été le deuxième à en faire sur le département en 2005. J'ai pensé que ça pourrait être porteur à une époque où ça ne l'était pas encore. Depuis environ trois ans, c'est une culture qui est devenue vraiment intéressante", raconte-t-il. Rosiériste à ses débuts, il a engagé son exploitation sur la voie de la reconversion voilà quelques années et a opté pour une production diversifiée afin de remplacer ses roses, trop gourmandes en énergie et en phytosanitaire, devenues trop coûteuses à produire. Aujourd'hui, il cultive 1 ha de pivoine sous abri et en plein air mais aussi 2.200 m2 d'anthurium et 1.600m2 d'hortensia sous serre verre.

Une voie de reconversion

Il a ainsi pu réutiliser les équipements existants et limiter l'investissement à réaliser. L'hortensia est ici cultivé sous serre verre blanchie sur un dispositif hors-sol. Climat et ferti-irrigation sont gérés informatiquement - la plante nécessitant des apports d'eau mesurés et une hygrométrie précise - et les effluents sont recyclés. Très ponctuellement, la culture est légèrement chauffée afin de décaler la production ou d'éviter les gelées tardives au début de la végétation au mois de février. L'hortensia qui apprécie l'ombre, n'est pas une plante méditerranéenne particulièrement adaptée au climat local. Celui-ci devient pourtant un atout en hiver, la plante craignant le gel. Comparée à d'autres fleurs, la gamme est relativement limitée. Daniel Bruno en cultive 5 espèces différentes, du blanc essentiellement mais aussi du rose, du bleu - obtenu par ajout d'aluminium assimilable dans le substrat - et du vert.

culture d'hortensia et sonde tensiométrique

Fort de son expérience, Daniel Bruno fait aujourd'hui figure de référence en ce qui concerne la production d'hortensia en fleur coupée, et a d'ailleurs fait profiter Fabien Pellegrino de ses précieux conseils. Pour les mêmes raisons que son aîné, celui-ci a entamé la reconversion de son exploitation de roses. S'il en possède toujours 6.000 m2 auxquels il faut ajouter 2.600 m2 de sprays, il produit aussi des hortensias depuis cette année sur 2.000m2 sous serre verre en hors-sol avec un système de ferti-irrigation en goutte à goutte. L'horticulteur a consenti à un investissement d'environ 30.000 euros englobant le coût des 4.000 plants, des pots et du terreau. La plante ne présentant pas de problématique phytosanitaire particulière, il envisage de conduire sa culture en Protection Biologique Intégrée, ce qui s'était révélé trop compliqué sur rose.

Pour cette première année de production, les plants produisent des tiges courtes de 30 cm appréciées en bouquetterie. Et les premiers retour de la SICA MAF sont plutôt encourageants.

Sur le Marché en 2012, 60.000 tiges d'hortensia, apportées par trois producteurs totalisant une surface de production de 4.700m2, ont été commercialisées. Le volume devrait progresser puisque cette année, la SICA recense 4 producteurs pour 6.700m2 en production.

Un marché de niche à consolider

Alors que les horticulteurs sont quelques-uns à avoir exprimé leur intérêt pour cette nouvelle production, dont le prix moyen à l'unité est estimé à 0,90 centimes d'euros, il convient toutefois de rester prudent.

La demande, si elle progresse, n'en reste pas moins limitée car l'hortensia, principalement utilisé en composition et décoration, est une fleur "évènementielle", surtout prisée pour les cérémonies. Le marché se révèle aussi plutôt traditionnel, préférant largement le blanc et laissant peu de place à d'autres coloris.

Pour les producteurs, le transport de cette espèce particulièrement volumineuse s'avère aussi être un frein. Si cela limite la concurrence étrangère, cela limite aussi les perspectives de distribution.

"Il est difficile de se projeter sur le développement de cette culture. Il est clair que c’est un produit tendance sur sa période de production printemps-été. Mais très couteux au transport car très volumineux, les produits sont handicapés par de lourdes charges de transport ; ce qui positionne correctement la production varoise par rapport à la concurrence pour une distribution régionale, mais ce qui, à contrario, grève les produits pour une distribution plus lointaine. C’est la raison pour laquelle, quelque soit la demande actuelle sur le produit, il convient de rester prudent sur son développement et de mesurer régulièrement l’ouverture du marché", commente Gilles Rus.

Encore marginale, la production d'hortensia en fleur coupée a besoin aujourd'hui d'un accompagnement commercial et technique pour consolider sa position sur le Marché.

fleur d"hortensia

Hyères Hortipole, en lien avec la SICA, travaille sur le volet commercial, en mettant en place pour l'hortensia comme pour d'autres nouveautés des tests pré-commerciaux et des fiches techniques destinés à renseigner et à susciter l'intérêt des acheteurs.

SCRADH : un indispensable accompagnement technique

Pour ce qui relève du volet technique, le SCRADH a mis en place l'an dernier un programme de recherche spécifique. Après un voyage d'étude au Pays-Bas, principal producteur d'hortensia, il a été décidé de lancer des essais variétaux et climatiques sur deux modalités de conduites culturales : l'une sous serre plastique modulable et l'autre sous serre verre.

Six variétés sont actuellement en cours d'évaluation en terme de rendement, de longueur et de vitesse de floraison. L'équipe du SCRADH travaille tout particulièrement sur la gestion du climat mais réalise également des tests de tenue en vase afin de déterminer le stade optimum de récolte. A la demande des producteurs, l'accent sera porté à l'avenir sur ce dernier point, afin de déterminer tous les éléments qui influent sur la tenue de la fleur. Le SCRADH prévoit également de renforcer ses recherches en matière de taille, une opération qui conditionne chaque année la floraison suivante, mais aussi de travailler plus précisément sur les modalités de gestion climatique.

L'hortensia, moins exigeant qu'une culture comme la rose, réclame toutefois un savoir-faire et une technicité que le SCRADH entend développer pour apporter les meilleurs outils aux producteurs.

Si pour un certain nombre d'entre eux, les rosiéristes en particulier, l'hortensia peut apparaître comme une voie de reconversion, l'espèce, pour se développer, devra d'abord faire l'objet d'un travail technique et commercial indispensable pour déterminer le potentiel et les perspectives ouvertes par cette nouveauté en fleur coupée.

Source : En Pays Varois

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